The atelier of Victor Anicet: a Martinican artist, painter and ceramist

During our research trip to Martinique, we had the great opportunity to meet Victor Anicet, a very important painter and ceramist, living in Shoelcher. He was a great friend and fellow of Édouard Glissant. They met in the sixties, sharing for over 40 years their political and cultural struggles for the independence and against the cultural and historical alienation of Martinique and the Caribbean. Glissant himself asked him to realise his grave, as a symbol of their friendship and “complicity in creation” (as Anicet himself told during the eulogy pronounced at his friend’s funerals in “Le Diamant” in 2010). Victor Anicet kindly and passionately showed us his atelier and his work, telling us the story of his development as an artist and explaining the origins and the aesthetic implications of his vision and art: the way in which he tries to elaborate the traces of the multiple and forgotten cultural pasts, artefacts and arts, of the creolizing Caribbean (starting from the Amerindians, and then the African slaves and the Indian labourers etc.), not only to recover a lost past, but to offer these troubling traces, this “field of turbulent ruins”, to the present day humanities of his island (this is what he calls a “poetics of Restitution”): “Ces ruines nous décalent par rapport à notre présent. Chaque adorno que nous voyons est une manière de cri. C’est une fenêtre, un passage dans d’autres mondes”. His task as an artist is to be a passeur (“quêteur d’ombres, quêteur de sens”), working in and producing the threshold between the past and the future of his community.

Victor Anicet in his atelier in Shoelcher

Victor Anicet in his atelier in Shoelcher

We also visited Glissant’s grave, realized by Anicet inside the impressive white cemetery in “Le Diamant”, just near the beach facing the stunning “Rocher du Diamant”, that has been inspiring Glissant’s writing for so many years. This is how the important scholar Valérie Loichot describes it in a recent and still unpublished article: “Glissant’s grave, in his flat and shallow horizontality, embraces the soil. When I first saw the grave, the lowliness – not in a submissive but in a welcoming sense – the integration in the environment through the easy erosion and fusion with stones and moss, and the mimetism in black and white with the surrounding graves struck me. It is in this humility, in a sense of closeness to the humus, that the grave invites the visitor to get closer to the earth, squatting or kneeling, and to pick up a handful of tiny seashells to arrange on the grave as a new sign” (“Édouard Glissant’s graves”, forthcoming in Callaloo. A Journal of African Diaspora Arts and Letters; see also, Naïma Hachad et Valérie Loichot, “Victor Anicet: le pays-Martinique; ou, Le bleau de la Restitution” in Small Axe 39, November 2012).

La tombe d’Édouard Glissant, réalisée par Victor Anicet au Diamant

La tombe d’Édouard Glissant, réalisée par Victor Anicet au Diamant

"Rien n'est vrai, tout est vivant" is the epitaph on Glissant's grave

“Rien n’est vrai, tout est vivant” is the epitaph on Glissant’s grave

I put here a very beautiful text, written by Victor Anicet for the International Conference on “Les arts amérindiens et l’art contemporain” in 1997. The text (that the author has very kindly sent to me) is entitled “Restitution” and is a wonderful introduction to his work and artistic vision.

Victor Anicet

RESTITUTION

“J’ai donné un nom à chacune d’elles” écrit Christophe COLOMB dans son journal de bord, parlant des Antilles.

Peut-on à l’instar de COLOMB, renommer les choses, les classer selon notre propre vision du monde ? Peut-on parler d’Art Amérindien, de création artistique amérindienne ?

Quelle est la part de l’artiste contemporain vivant dans nos sociétés où volontairement des pans de notre histoire ont été occultés, tronqués ?

Rappelons nous cette citation d’Eduardo GALEANO “Pour que quelque chose n’existe pas, il suffit de décréter sa non-existence”

The atelier of Victor Anicet (1)

The atelier of Victor Anicet (1)

Il me semble que l’on ne saurait parler, abordant la culture amérindienne, d’art de la Caraïbe plurielle ; mais que de talent, d’habilité manuelle, si nous considérons comme KANT, que le beau doit être distingué de l’utile, que l’œuvre d’art est une beauté libre, celle qui n’est astreinte à aucune fonction qu’au beau lui même.

En effet, ce que nous reconnaissons comme œuvres d’art de la culture amérindienne, n’ont pas été produites en tant que telles. Elles sont la coïncidence du beau et de l’utile, ce que l’auteur précité appelle la beauté adhérente ; c’est à dire la beauté d’un objet soumis à d’autres critères que le jugement esthétique.

Les intentions qui étaient à l’origine des objets furent très diverses : fonctions utilitaires, religieuse ou mythique, intention didactique, support de la mémoire collective, besoin de conjurer les forces extérieures ; car ces peuples en modelant, façonnant des objets utilitaires étaient-ils à la recherche d’une esthétique ? Ne disaient-ils pas plutôt leur manière d’être au monde ?

Ils ont laissé derrière eux un champ de ruines turbulentes – turbulentes parce qu’elles ne cessent de nous troubler, nous interpeller, nous dé-caler, je parle ici, bien sûr, de la notion de temps.

The atelier of Victor Anicet (2)

The atelier of Victor Anicet (2)

Ces ruines nous décalent par rapport à notre présent. Chaque adorno que nous voyons est une manière de cri. C’est une fenêtre, un passage dans d’autres mondes.

Et c’est au profane, à l’artiste de se métamorphoser, non pas en chaman, mais de se faire quêteur d’ombres, quêteur de sens.

C’est à l’artiste contemporain de pratiquer les rites de passages .La chaîne tragique a été rompue, la fonction de l’artiste est le dévoilement de cet inaperçu ; car l’île est un réservoir de secrets.

Sur nos terres traquées, nous sommes des déportés – le peuple d’AVANT (Amérindien, Caraïbe, Taïnos, Caribe … comme il vous plaira de le nommer) – est lui aussi, sans aucun doute, un peuple de déportés.

Depuis la forêt amazonienne, verticale d’ombres, ils ont déplacé leur horizon au niveau de l’eau, à l’horizontale donc, et ont franchi à bord de gommiers, l’océan pour essaimer nos îles.

Un ouvrage de la série des trays

Un ouvrage de la série des trays

Il n’y eut plus alors les grands bois, les oiseaux et le vent. La terre ne bougeait plus de la même façon. Leurs poteries portent les traces de cette nouvelle dimension. Nos îles ont sans doute constitué de nouveaux espaces-temps pour ce peuple de l’AVANT.

Quelles odeurs, quelles épices ont-ils emportés dans leurs gommiers qui butaient sur le fracas des montagnes d’eau, Quelles images ont-ils gardé du silence de leurs grands bois, de leur paysage ?

Et moi un adorno à la main , je voudrais reconnaître – connaître et appréhender. Avoir la clé ; mais ma quête est vaine et dérisoire. Moi, l’artiste, le producteur d’images, je suis au seuil des mondes et je voudrais être le témoin du passage : un passeur. Restituer, non pas reconstituer. Restituer au plus grand nombre de Martiniquais les traces que j’ai cru avoir décelées.

Il y a des lignes à relier, des points à marquer, il y a tant de mondes à explorer dans nos îles. L’artiste doit redistribuer, en de nouvelles donnes, cet héritage d’ombres et de fracas que beaucoup ne connaissent, sauf ceux qui fréquentent les musées. Amener une prise de conscience des jeunes, les inciter à retourner aux sources, rechercher ce qu’il y a de valorisant dans les civilisations des peuples de l’AVANT.

Des dessins réalisés dans la forêt

Des dessins réalisés dans la forêt

Connaître tous les éléments ( ou composants ) du métissage de ce peuple créole : caraïbe, africain, indien, chinois, européen et leur interpénétration dans notre vécu actuel.

Il faut reconstituer la voile brisée. Tâche gigantesque mais empreinte d’humilité.

Leurs dieux ne sont pas morts, les signes peuvent être rechargés de nos propres espérances, de notre propre tragique.

“Nos barques sont ouvertes pour tous nous les naviguons”. Edouard. GLISSANT

Empruntons à notre tour les gommiers, hissons la voile mosaïque et allons à la découverte de nos mondes.

The atelier of Victor Anicet (4)

The atelier of Victor Anicet (4)

An essay for Glissan's grave symbol

An essay for Glissan’s grave symbol

The atelier of Victor Anicet (5)

The atelier of Victor Anicet (5)

The atelier of Victor Anicet (6)

The atelier of Victor Anicet (6)

Accouplement (by V. Anicet)

J’ai voulu recréer l’ambiance qui existait au moment des rapports sexuels dans la période esclavagiste.

On sait que les esclaves refusaient d’avoir des enfants pour qu’ils ne connaissent pas le même sort qu’eux et souvent préféraient tuer leurs bébés.

Aussi les maîtres, désireux d’accroître le nombre d’esclaves, surveillaient l’accouplement, ce qui explique la présence d’un troisième personnage.

La série des Trays

La série des Trays

Le Tray (by V. Anicet)

Je découvre le tray sur l’habitation Dehaumont au Marigot, cet objet m’a fasciné car il servait à la fois, de support pour le jeu de serbi des ouvriers agricoles qui s’adonnaient à leur passe-temps favori dès que la paie de la semaine avait été servie, de berceau pour les bébés, de récipient pour transporter le linge des lavandières ou des pierres nécessaires à l’édification de la maison du maître.

On le retrouve devant le cinéma débordant de bonbons et de pistaches.

Le tray voyage dans le temps et l’espace de notre Caraïbe

Quand on sait que le tray est un objet sacré pour les Indiens et qu’il est utilisé au moment des cérémonies rituelles pour présenter les offrandes aux déesses telle que Siva ou Kali et qu’il a été détourné de sa fonction initiale par les anciens esclaves.

Aussi, je peuple le tray d’adornos , petites poteries qui ressemblent à des masques. Ces masques sont posés sur des tissus africains afin de rappeler le métissage de notre peuple.

The atelier of Victor Anicet (6)

The atelier of Victor Anicet (7)

The atelier of Victor Anicet (8)

The atelier of Victor Anicet (8)

Le cimetière du Diamant

Le cimetière du Diamant

La maison de Glissant au Diamant

La maison de Glissant au Diamant

Postcolonial events at University of Birmingham

Alessandro is busy processing some of the data collected in Martinique, so today it’s Louise here, with updates on postcolonial events we have attended this week at the University of Birmingham.
We have been spoiled for choice, with two guest lectures taking place here which both expertly demonstrated the range of interdisciplinary research being carried out into colonialism’s legacies. Both lectures presented fascinating insights into economic histories of slavery, exploring the colonial and postcolonial with close attention to processes of “capitalism” and “economic extraction”. In addition, both speakers are responsible for the creation of very different online resources, encouraging researchers, and the general, or rather international public, to embark on new interactive relationships with research thanks to modern technology.
On Tuesday 30th April, we attended the Birmingham Centre for Modern & Contemporary History Annual Lecture, given by Catherine Hall (UCL), Professor of Modern British Social and Cultural History. Professor Hall’s lecture, ‘Reconfiguring race after slavery: the stories the slave-owners told’ examined the roles and influence of slave-owners within British society in their lifetimes, tracing their major legacies after their deaths. Her major research project, ‘Legacies of British Slave-Ownership’, set out to examine the impact of slavery on the formation of modern Britain, and the project created a publicly-accessible online Encyclopedia of British Slave-Owners, launched in February 2013, which acts as a hub for regional efforts to show how communities in Britain were linked to slavery. The lecture revealed hitherto concealed networks of economic transfer, as “compensation” monies paid to British slave owners after abolition were reinvested elsewhere in the British empire. Afterwards, I was delighted to be able to meet Catherine and discuss her work in the light of my recent research on Edouard Glissant and his 2007 publication Mémoires des esclavages,
a text which offers a French perspective on many of the questions Catherine is exploring.
The following evening, on 1st May, our attentions turned to the Hispanophone and Francophone Caribbean, as we attended the annual Henry Thomas Guest Lecture, by Lisa Paravisini (Vassar College, New York), Professor of Caribbean cutlture and literature. Professor Paravisini runs, with Professor Ivette Romero-Cesareo, the trail-blazing Caribbean cultural blog Repeating Islands, which has become an invaluable research resource for anyone interested in all aspects of the Caribbean. Her lecture was entitled ‘Food, Biodiversity, Extinctions: Caribbean Fauna and the Struggle for Food Security during the Conquest of the New World’. Professor Paravisini discussed her current research project which spans the fields of colonial literature, ecocriticism and environmental history and presented a detailed and utterly persuasive case as to why the contemporary concerns in the Caribbean regarding food insecurity can be better understood with reference to studies of colonial and postcolonial literature and culture. By reading old texts about colonial conquest through the filter of ecocriticism, it becomes apparent that the Caribbean’s astonishing biodiversity has been subjected, since ‘discovery’ by Columbus, to a series of man-made environmental catastrophes, which continue to the current day. After the lecture, several of us joined Lisa for dinner to thank her for her lecture and continue our multilingual, comparative exchanges on Caribbean literature and culture at one of Birmingham’s curry houses.
These kind of international, interdisciplinary exchanges are really valuable moments to exchange and test out research ideas, and it has been fantastic to benefit from two excellent visits to the University of Birmingham in one week! It’s back to the books now though…

Séjour de recherche en Martinique

Je viens de rentrer d’un très beau séjour de recherche en Martinique, avec ma collègue Louise Hardwick, du 8 au 21 avril. C’est mon troisième voyage dans cette île magnifique des Caraïbes et désormais je peux dire de la connaître de mieux en mieux. Cette fois-ci, nous avons séjourné à Schoelcher, une commune tout près de Fort-de-France, juste au nord sur la côte Caraïbe. Nous avons loué une voiture et cela nous a permis de nous déplacer tranquillement, soit vers Fort-de-France soit vers le Nord et le Sud de l’île. Ça a été un voyage intense et plein de visites et de rencontres humainement et intellectuellement enrichissants (deux aspects de la « recherche » qui ne devraient jamais être séparés). Nous nous sommes rendus plusieurs fois à la Bibliothèque Schoelcher à Fort-de-France (un magnifique bâtiment en style art nouveau, exposé à Paris et ensuite déplacé en Martinique, ouvert en 1893). Nous avons visité aussi le très joli Écomusée de la Martinique à l’Anse Figuier (où il y a en ce moment une importante exposition sur Joseph Zobel), le Musée Régional d’Histoire et d’Ethnographie et les Archives Départementales.

Bibliothèque Schoelcher à Fort-de-France

Bibliothèque Schoelcher à Fort-de-France

On a aussi profité des beautés de ce pays fascinant: pas seulement de ses plages magnifiques et tellement différentes (de la baie du Diamant, aux plages noires du nord à l’eau cristalline et calme de l’Anse Figuier), mais aussi de ses petits villages (Les Anses d’Arlet, Saint-Pierre, Tartane, Carbet, Rivière Pilote, Gros Morne, Fonds-Saint-Denis etc.), de ses routes qui traversent la forêt tropicale, comme la Route de la Trace, de sa capitale créole Fort-de-France, avec ses belles librairies (comme l’ancienne Librairie Alexandre, où nous avons acheté des livres sur la littérature et l’histoire antillaise, qu’on a parfois du mal à trouver ailleurs), ses églises, ses marchés, ses quartiers populaires, comme Texaco et Trenelle, et la Place de la Savane, qui vient d’être réaménagée. Nous avons aussi visité le campus de l’UAG à Schoelcher et le nouveau Campus Caribéen des Arts, qu’on vient d’ouvrir à Lamentin.

Moi avec Saint-Pierre et la Montagne Pelée, vus de la Vierge des Marins

Moi avec Saint-Pierre et la Montagne Pelée, vus de la Vierge des Marins

Mais surtout, on a fait des rencontres très intéressants pour nos recherches : avec un journaliste, traducteur et écrivain comme Rodolf Etienne (notamment traducteur en créole de “Les Indes” de Glissant et de “La tragédie du Roi Christophe” de Césaire et avec lequel nous avons fait un entretien à propos de ses traductions et de ses idées sur la pan-créolité). Nous avons rencontré aussi deux grands amis d’Édouard Glissant, comme le chercheur et écrivain Manuel Norvat, qui vient de soutenir une thèse de doctorat sur l’œuvre de Glissant à Paris III, et le céramiste-sculpteur Victor Anicet, dont l’œuvre s’est beaucoup inspirée de la longue amitié avec son compagnon, commencée dans les années ’60. Il nous a expliqué tout cela lors d’une visite de son atelier, pendant laquelle il nous a montré son travaille artistique et raconté son engagement culturel et politique. Nous avons visité l’espace Foudres d’Édouard Glissant, dédié à l’écrivain par son ami José Hayot à l’Habitation Saint Etienne (HSE). Nous avons aussi été interviewés par Rodolf Etienne pour la page culturelle de France-Antilles, le quotidien le plus important de l’île. C’étaient des rencontres intéressants, avec des personnes généreuses, soit sur le plan humain que sur le plan intellectuel, et qui nous ont beaucoup appris sur la littérature, l’art et la culture martiniquaises et créoles.

Espace "Les Foudres Édouard Glissant" à HSE

Espace “Les Foudres Édouard Glissant” à HSE

Un moment particulièrement émouvant a été pour moi la visite de la tombe de Glissant, réalisée par Anicet lui-même au cimetière du Diamant : il s’agit d’un lieu chargé d’une énergie formidable, coincé entre les maisons du petit village et une de plus belles plages de monde, balayée de vents et de houles très puissants, dont les quatre kilomètres de sable blanche et noire aboutissent au promontoire de la « femme couchée » et à l’îlot volcanique du Diamant. Pas loin de la tombe de Glissant, il y a d’un coté sa maison, où j’avais déjà été avec lui en 2009 lors du Prix Carbet, et de l’autre côté, juste au-dessous du Morne Larcher, l’étonnant monument du Cap 110, dédié aux esclaves morts ensuite au naufrage d’un bateau négrier dans cette baie. J’espère que mes images pourront mieux raconter ce formidable voyage, sur lequel je reviendrai avec plus de détails dans les prochains jours …

Monument du Cap 110 - Anse Cafard

Monument du Cap 110 – Anse Cafard

La tombe d’Édouard Glissant, réalisée par Victor Anicet au Diamant

La tombe d’Édouard Glissant, réalisée par Victor Anicet au Diamant

Postcolonial Studies : modes d’emploi

postcolonial studies modes d'emploi

Vient de paraître chez Presses Universitaires de Lyon.

Il s’agit des actes d’un très beau colloque auquel j’ai eu l’honneur de participer en mai 2010. Il a été organisé par le collectif « Write back » de l’École Normale Supérieure de Lyon.

Vous y trouvez mon article, intitulé : Subalternité et représentation aux Antilles : le « devenir-subalterne » de Marie Celat.

Voici la présentation du livre et du collectif :

À travers la mise en avant de leurs sources plus ou moins reconnues (French Theory, Subaltern Studies de Delhi, traditions intellectuelles d’Afrique Noire, Cultural Studies, écrits anticoloniaux de Frantz Fanon, Chinua Achebe, Aimé Césaire, Albert Memmi) et de leurs connexions avec d’autres champs de recherche contemporains (Queer Studies, études francophones, Black Studies), les études postcoloniales sont apparues comme une sorte de laboratoire expérimentant des perspectives pluridisciplinaires : étrangères à toute orthodoxie, elles se placent à l’intersection de diverses problématiques, politiques, linguistiques, ou encore identitaires, non sans une certaine propension à faire retour sur leurs propres fondements théoriques. Le travail proposé ici, par sa dimension internationale et polyphonique, participe à son tour d’un dépassement des étiquettes nationales et académiques rigides : autant de « modes d’emploi » qui invitent à de nouveaux usages des Postcolonial Studies, de nouvelles explorations esthétiques et intellectuelles, dans les champs de la littérature et du cinéma en particulier.

Le collectif Write Back (en référence à l’ouvrage fondateur de Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin, The Empire Writes Back, 1989) rassemble les sept membres du « Laboratoire des jeunes chercheurs en littératures et études postcoloniales : les outils théoriques à l’épreuve des textes », créé en 2007 à l’École normale supérieure de Lyon : Florian Alix, Anne-Sophie Catalan, Claire Ducournau, Tina Harpin, Estelle Olivier, Myriam Suchet et Cyril Vettorato. Outre les contributions des membres du collectif, le volume propose des articles de chercheurs de divers horizons, en particulier la traduction inédite d’un article de Graham Huggan et un texte inédit de Kathleen Gyssels.

Conference trip to Atlanta – Georgia Institute of Technology

Back from my first conference trip in the USA! It has been amazing! As I wrote in the previous post, Dr Louise Hardwick and me have attended an important annual conference, co-organized by 20th and 21st Century French and Francophone Studies International Colloquium and the Georgia Institute of Technology, on the theme of ‘Traces, Fragments, Remains’. We both presented a paper, in a panel chaired by Louise and entitled ‘(T)Races, Memories, Identities’. This was the program of our panel:

CHONG WOJTKOWSKI BRETILLON, City University of New York, Some Kind of Other: Invisibility and Whiteness in French Hip Hop Music

ALESSANDRO CORIO, University of Birmingham, L’errance violente du poème: the ambivalence of the Trace in Édouard Glissant

LOUISE HARDWICK, University of Birmingham, «Comment répondre à ces pourquoi d’enfants» Tracing Childhood, tracing slavery in Francophone Caribbean Literature

I have also attended many other interesting panels, among which two panels on Glissant, with Valérie Loichot, Michael Wiedorn, Hugo Azérad, Ania Kowalik and Lovia M. Mondésir.

Louise, Michael and me at the Georgia Tech

Louise, Michael and me at the Georgia Tech

We were invited and hosted (in his beautiful house) by Dr Michael Wiedorn, a specialist in Francophone Caribbean Literature at Ivan Allen College of Liberal Arts – Georgia Institute of Technology. Michael helped us to know the city, the Georgia Tech and Emory campus, Martin Luter King birthplace and museum (and some very nice coffee shops and restaurants, to taste the gorgeous tasty food of the south!)

This visit was conceived in order to develop future projects with a view to nurturing links between the University of Birmingham, the Georgia Institute of Technology and the Emory University in order to explore future funding opportunities, research conferences and joint publications. We developed plans with Michael Wiedorn for a one-day International Research Colloquium, Postcolonialism, Race and Biopolitics, to be held at the University of Birmingham on 26th June 2013. Michael has accepted to be a keynote speaker at this event.

I have also met Prof. Valérie Loichot (specialist on Glissant and Caribbean Literature) and Prof. Geoffrey Bennington (specialist on Derrida and French Theory), from Emory University, and they suggested me to spend one month at Emory next year as Visiting Scholar, to work on Glissant and literary theory.

Traces, Fragments, Remains / Traces, Fragments, Restes

« […] nous entendrons pour finir que ce sont là des modes nouveaux de la
connaissance, les feuillages qui indiquent la trace, la voix qui tremble à la
surface de l’eau. Toute cette œuvre est en suspens – comme l’est souverainement
notre pensée du monde » (Glissant, Faulkner, Mississipi, p. 263)

From the 28th to 30th of March 2013, I will be attending a very important conference in Atlanta (USA), entitled Traces, Fragments, Remains - 20th and 21st Century French and Francophone Studies International Colloquium. The program is huge and exciting, as you can see on the website, and they will guest such speakers as Geoffrey Bennington, Michel Deguy and Pascal Quingnard.

I will give a paper on the subject of ‘the trace’: L’errance violente du poème’: the ambivalence of the Trace in Édouard Glissant, where I will focus on the ambivalent structure of the conceptual metaphore of ‘the Trace’ in Glissant, both in his theoretical essays and in his novels.

Atlanta skyline

Atlanta skyline

Here is the call for papers of the conference:

‘La question du fragment est par nature celle de l’énigme. Chez de nombreux écrivains contemporains, c’est le reste ou la trace qui oriente l’appréhension du monde, suscite l’écriture, et hante l’espace littéraire. Certes, le réel, discontinu et  fragmenté, incite à une herméneutique. Mais tout récit n’est-il pas aussi, a priori, un montage de fragments dont l’écrivain a voulu interrompre l’interruption, effacer les limites ? L’écriture serait alors pensée de l’oubli, de  l’interruption, de l’ordre brisé, de l’équivoque, du disloqué, du décousu, de  ce dont l’écrivain garde la mémoire, ce rêve de la trace originelle, unique,  qu’il tente de ressusciter au-delà de la résistance qu’elle lui oppose.

L’objet de ce colloque est donc de s’interroger sur la question de la trace, du fragment, du reste, et des rapports qu’ils entretiennent  avec l’imaginaire. Il s’agit  de réfléchir sur la trace originaire, unique et énigmatique, qui motive le  geste d’écriture, et de voir alors ce qui s’ouvre dans cet intervalle de  l’écriture où cette trace reste irréductible et innommable: Qu’est-ce qui  pousse l’artiste à écrire, peindre, filmer, pourchasser l’invisible ? La littérature  est-elle une traversée de restes ? En quoi le livre  peut-il être conçu comme passage, trace ou dépôt de quelque chose qui  s’est passé, qui est passé? Tout livre est-il nécessairement une promenade de  spectres ? D’où écrit-on ? L’écriture du fragment est-elle une écriture  du manque, de l’intangible ? Quelle est la valeur heuristique de la trace, du reste, du fragment et  de l’inscription dans leur rapport avec la question de l’origine et de l’absence?’

University of Birmingham Arts and Science Festival

Next week (Monday 18th – Sunday 24th of March 2013), the annual Arts and Science Festival will take place at the University of Birmingham. It’s a really exciting opportunity for dissemination of research and other outreach activities that intend to reach a larger public of non-experts. And it’s a good opportunity for me, too, to discover what is going on in other Departments of the University, to meet other researchers and colleagues and discuss about our projects, ideas etc. Inside the festival, Dr Louise Hardwick will present a very beautiful film by the Haitian writer Dany Laferrière, “The Sweet Drifting of a Child of Petit-Goâve” (2010), that “follows the journey of globetrotting author Dany Laferrière as he visits Montreal, Paris, New York and Haiti. An essential insight into the life of a contemporary author, this is also a film about travel, exile, Haiti, Canada, compassion and a love of literature”. The event will take place on Monday 18th March 2013 (16.00 – 18.15) in the Muirhead Tower G15 (R1 on map). Come and join us!

La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve, Film Poster. Image courtesy Pedro Ruiz

La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve, Film Poster. Image courtesy Pedro Ruiz