The atelier of Victor Anicet: a Martinican artist, painter and ceramist

During our research trip to Martinique, we had the great opportunity to meet Victor Anicet, a very important painter and ceramist, living in Shoelcher. He was a great friend and fellow of Édouard Glissant. They met in the sixties, sharing for over 40 years their political and cultural struggles for the independence and against the cultural and historical alienation of Martinique and the Caribbean. Glissant himself asked him to realise his grave, as a symbol of their friendship and “complicity in creation” (as Anicet himself told during the eulogy pronounced at his friend’s funerals in “Le Diamant” in 2010). Victor Anicet kindly and passionately showed us his atelier and his work, telling us the story of his development as an artist and explaining the origins and the aesthetic implications of his vision and art: the way in which he tries to elaborate the traces of the multiple and forgotten cultural pasts, artefacts and arts, of the creolizing Caribbean (starting from the Amerindians, and then the African slaves and the Indian labourers etc.), not only to recover a lost past, but to offer these troubling traces, this “field of turbulent ruins”, to the present day humanities of his island (this is what he calls a “poetics of Restitution”): “Ces ruines nous décalent par rapport à notre présent. Chaque adorno que nous voyons est une manière de cri. C’est une fenêtre, un passage dans d’autres mondes”. His task as an artist is to be a passeur (“quêteur d’ombres, quêteur de sens”), working in and producing the threshold between the past and the future of his community.

Victor Anicet in his atelier in Shoelcher

Victor Anicet in his atelier in Shoelcher

We also visited Glissant’s grave, realized by Anicet inside the impressive white cemetery in “Le Diamant”, just near the beach facing the stunning “Rocher du Diamant”, that has been inspiring Glissant’s writing for so many years. This is how the important scholar Valérie Loichot describes it in a recent and still unpublished article: “Glissant’s grave, in his flat and shallow horizontality, embraces the soil. When I first saw the grave, the lowliness – not in a submissive but in a welcoming sense – the integration in the environment through the easy erosion and fusion with stones and moss, and the mimetism in black and white with the surrounding graves struck me. It is in this humility, in a sense of closeness to the humus, that the grave invites the visitor to get closer to the earth, squatting or kneeling, and to pick up a handful of tiny seashells to arrange on the grave as a new sign” (“Édouard Glissant’s graves”, forthcoming in Callaloo. A Journal of African Diaspora Arts and Letters; see also, Naïma Hachad et Valérie Loichot, “Victor Anicet: le pays-Martinique; ou, Le bleau de la Restitution” in Small Axe 39, November 2012).

La tombe d’Édouard Glissant, réalisée par Victor Anicet au Diamant

La tombe d’Édouard Glissant, réalisée par Victor Anicet au Diamant

"Rien n'est vrai, tout est vivant" is the epitaph on Glissant's grave

“Rien n’est vrai, tout est vivant” is the epitaph on Glissant’s grave

I put here a very beautiful text, written by Victor Anicet for the International Conference on “Les arts amérindiens et l’art contemporain” in 1997. The text (that the author has very kindly sent to me) is entitled “Restitution” and is a wonderful introduction to his work and artistic vision.

Victor Anicet

RESTITUTION

“J’ai donné un nom à chacune d’elles” écrit Christophe COLOMB dans son journal de bord, parlant des Antilles.

Peut-on à l’instar de COLOMB, renommer les choses, les classer selon notre propre vision du monde ? Peut-on parler d’Art Amérindien, de création artistique amérindienne ?

Quelle est la part de l’artiste contemporain vivant dans nos sociétés où volontairement des pans de notre histoire ont été occultés, tronqués ?

Rappelons nous cette citation d’Eduardo GALEANO “Pour que quelque chose n’existe pas, il suffit de décréter sa non-existence”

The atelier of Victor Anicet (1)

The atelier of Victor Anicet (1)

Il me semble que l’on ne saurait parler, abordant la culture amérindienne, d’art de la Caraïbe plurielle ; mais que de talent, d’habilité manuelle, si nous considérons comme KANT, que le beau doit être distingué de l’utile, que l’œuvre d’art est une beauté libre, celle qui n’est astreinte à aucune fonction qu’au beau lui même.

En effet, ce que nous reconnaissons comme œuvres d’art de la culture amérindienne, n’ont pas été produites en tant que telles. Elles sont la coïncidence du beau et de l’utile, ce que l’auteur précité appelle la beauté adhérente ; c’est à dire la beauté d’un objet soumis à d’autres critères que le jugement esthétique.

Les intentions qui étaient à l’origine des objets furent très diverses : fonctions utilitaires, religieuse ou mythique, intention didactique, support de la mémoire collective, besoin de conjurer les forces extérieures ; car ces peuples en modelant, façonnant des objets utilitaires étaient-ils à la recherche d’une esthétique ? Ne disaient-ils pas plutôt leur manière d’être au monde ?

Ils ont laissé derrière eux un champ de ruines turbulentes – turbulentes parce qu’elles ne cessent de nous troubler, nous interpeller, nous dé-caler, je parle ici, bien sûr, de la notion de temps.

The atelier of Victor Anicet (2)

The atelier of Victor Anicet (2)

Ces ruines nous décalent par rapport à notre présent. Chaque adorno que nous voyons est une manière de cri. C’est une fenêtre, un passage dans d’autres mondes.

Et c’est au profane, à l’artiste de se métamorphoser, non pas en chaman, mais de se faire quêteur d’ombres, quêteur de sens.

C’est à l’artiste contemporain de pratiquer les rites de passages .La chaîne tragique a été rompue, la fonction de l’artiste est le dévoilement de cet inaperçu ; car l’île est un réservoir de secrets.

Sur nos terres traquées, nous sommes des déportés – le peuple d’AVANT (Amérindien, Caraïbe, Taïnos, Caribe … comme il vous plaira de le nommer) – est lui aussi, sans aucun doute, un peuple de déportés.

Depuis la forêt amazonienne, verticale d’ombres, ils ont déplacé leur horizon au niveau de l’eau, à l’horizontale donc, et ont franchi à bord de gommiers, l’océan pour essaimer nos îles.

Un ouvrage de la série des trays

Un ouvrage de la série des trays

Il n’y eut plus alors les grands bois, les oiseaux et le vent. La terre ne bougeait plus de la même façon. Leurs poteries portent les traces de cette nouvelle dimension. Nos îles ont sans doute constitué de nouveaux espaces-temps pour ce peuple de l’AVANT.

Quelles odeurs, quelles épices ont-ils emportés dans leurs gommiers qui butaient sur le fracas des montagnes d’eau, Quelles images ont-ils gardé du silence de leurs grands bois, de leur paysage ?

Et moi un adorno à la main , je voudrais reconnaître – connaître et appréhender. Avoir la clé ; mais ma quête est vaine et dérisoire. Moi, l’artiste, le producteur d’images, je suis au seuil des mondes et je voudrais être le témoin du passage : un passeur. Restituer, non pas reconstituer. Restituer au plus grand nombre de Martiniquais les traces que j’ai cru avoir décelées.

Il y a des lignes à relier, des points à marquer, il y a tant de mondes à explorer dans nos îles. L’artiste doit redistribuer, en de nouvelles donnes, cet héritage d’ombres et de fracas que beaucoup ne connaissent, sauf ceux qui fréquentent les musées. Amener une prise de conscience des jeunes, les inciter à retourner aux sources, rechercher ce qu’il y a de valorisant dans les civilisations des peuples de l’AVANT.

Des dessins réalisés dans la forêt

Des dessins réalisés dans la forêt

Connaître tous les éléments ( ou composants ) du métissage de ce peuple créole : caraïbe, africain, indien, chinois, européen et leur interpénétration dans notre vécu actuel.

Il faut reconstituer la voile brisée. Tâche gigantesque mais empreinte d’humilité.

Leurs dieux ne sont pas morts, les signes peuvent être rechargés de nos propres espérances, de notre propre tragique.

“Nos barques sont ouvertes pour tous nous les naviguons”. Edouard. GLISSANT

Empruntons à notre tour les gommiers, hissons la voile mosaïque et allons à la découverte de nos mondes.

The atelier of Victor Anicet (4)

The atelier of Victor Anicet (4)

An essay for Glissan's grave symbol

An essay for Glissan’s grave symbol

The atelier of Victor Anicet (5)

The atelier of Victor Anicet (5)

The atelier of Victor Anicet (6)

The atelier of Victor Anicet (6)

Accouplement (by V. Anicet)

J’ai voulu recréer l’ambiance qui existait au moment des rapports sexuels dans la période esclavagiste.

On sait que les esclaves refusaient d’avoir des enfants pour qu’ils ne connaissent pas le même sort qu’eux et souvent préféraient tuer leurs bébés.

Aussi les maîtres, désireux d’accroître le nombre d’esclaves, surveillaient l’accouplement, ce qui explique la présence d’un troisième personnage.

La série des Trays

La série des Trays

Le Tray (by V. Anicet)

Je découvre le tray sur l’habitation Dehaumont au Marigot, cet objet m’a fasciné car il servait à la fois, de support pour le jeu de serbi des ouvriers agricoles qui s’adonnaient à leur passe-temps favori dès que la paie de la semaine avait été servie, de berceau pour les bébés, de récipient pour transporter le linge des lavandières ou des pierres nécessaires à l’édification de la maison du maître.

On le retrouve devant le cinéma débordant de bonbons et de pistaches.

Le tray voyage dans le temps et l’espace de notre Caraïbe

Quand on sait que le tray est un objet sacré pour les Indiens et qu’il est utilisé au moment des cérémonies rituelles pour présenter les offrandes aux déesses telle que Siva ou Kali et qu’il a été détourné de sa fonction initiale par les anciens esclaves.

Aussi, je peuple le tray d’adornos , petites poteries qui ressemblent à des masques. Ces masques sont posés sur des tissus africains afin de rappeler le métissage de notre peuple.

The atelier of Victor Anicet (6)

The atelier of Victor Anicet (7)

The atelier of Victor Anicet (8)

The atelier of Victor Anicet (8)

Le cimetière du Diamant

Le cimetière du Diamant

La maison de Glissant au Diamant

La maison de Glissant au Diamant

Advertisements

Postcolonial events at University of Birmingham

Alessandro is busy processing some of the data collected in Martinique, so today it’s Louise here, with updates on postcolonial events we have attended this week at the University of Birmingham.
We have been spoiled for choice, with two guest lectures taking place here which both expertly demonstrated the range of interdisciplinary research being carried out into colonialism’s legacies. Both lectures presented fascinating insights into economic histories of slavery, exploring the colonial and postcolonial with close attention to processes of “capitalism” and “economic extraction”. In addition, both speakers are responsible for the creation of very different online resources, encouraging researchers, and the general, or rather international public, to embark on new interactive relationships with research thanks to modern technology.
On Tuesday 30th April, we attended the Birmingham Centre for Modern & Contemporary History Annual Lecture, given by Catherine Hall (UCL), Professor of Modern British Social and Cultural History. Professor Hall’s lecture, ‘Reconfiguring race after slavery: the stories the slave-owners told’ examined the roles and influence of slave-owners within British society in their lifetimes, tracing their major legacies after their deaths. Her major research project, ‘Legacies of British Slave-Ownership’, set out to examine the impact of slavery on the formation of modern Britain, and the project created a publicly-accessible online Encyclopedia of British Slave-Owners, launched in February 2013, which acts as a hub for regional efforts to show how communities in Britain were linked to slavery. The lecture revealed hitherto concealed networks of economic transfer, as “compensation” monies paid to British slave owners after abolition were reinvested elsewhere in the British empire. Afterwards, I was delighted to be able to meet Catherine and discuss her work in the light of my recent research on Edouard Glissant and his 2007 publication Mémoires des esclavages,
a text which offers a French perspective on many of the questions Catherine is exploring.
The following evening, on 1st May, our attentions turned to the Hispanophone and Francophone Caribbean, as we attended the annual Henry Thomas Guest Lecture, by Lisa Paravisini (Vassar College, New York), Professor of Caribbean cutlture and literature. Professor Paravisini runs, with Professor Ivette Romero-Cesareo, the trail-blazing Caribbean cultural blog Repeating Islands, which has become an invaluable research resource for anyone interested in all aspects of the Caribbean. Her lecture was entitled ‘Food, Biodiversity, Extinctions: Caribbean Fauna and the Struggle for Food Security during the Conquest of the New World’. Professor Paravisini discussed her current research project which spans the fields of colonial literature, ecocriticism and environmental history and presented a detailed and utterly persuasive case as to why the contemporary concerns in the Caribbean regarding food insecurity can be better understood with reference to studies of colonial and postcolonial literature and culture. By reading old texts about colonial conquest through the filter of ecocriticism, it becomes apparent that the Caribbean’s astonishing biodiversity has been subjected, since ‘discovery’ by Columbus, to a series of man-made environmental catastrophes, which continue to the current day. After the lecture, several of us joined Lisa for dinner to thank her for her lecture and continue our multilingual, comparative exchanges on Caribbean literature and culture at one of Birmingham’s curry houses.
These kind of international, interdisciplinary exchanges are really valuable moments to exchange and test out research ideas, and it has been fantastic to benefit from two excellent visits to the University of Birmingham in one week! It’s back to the books now though…